Maintenant, je suis devant la vitrine. J’y ai songé toute la matinée. Tête levée, nez en l’air, l’enseigne de l’agence me domine de son nom évocateur : « Pegasus Voyages ». Le tout sur fond bleu délavé et vitrines salies par la pluie parisienne.

Des vacances, mais pas n’importe quelles vacances. Des vacances dépaysantes.

Planté devant la vitrine au milieu des passants afférés, je la contemple quelque instants, elle se dessine de dos, enveloppée dans l’ombre de mon Duffle-Coat.
Assise fièrement, déjà plongée dans la contemplation de son écran, le téléphone maintenu par deux doigts aux ongles colorés contre son oreille droite, je la devine en conversation animée, pour la réservation d’une semaine de thalassothérapie dans une station balnéaire à la mode pour une cliente veuve et fortunée du quartier.

Je franchis la porte d’un pas qui se veut décidé. Celui du type décontracté et sûr de lui, celui du type habitué à obtenir ce qu’il veut avec le sourire. Celui du type pour qui elle m’a quitté.

Celle qui me sourit maintenant, je la reconnais. Trois mois à faire le même trajet à la même heure, cela crée et consolide des liens.
D’habitude, c’est à huit heures moins cinq exactement, moi debout, elle accroupie, de dos, sur la pointe de ses chaussures, genoux serrés, les talons enveloppés de leurs bas légèrement sortis, penchée sur la serrure au sol de la porte vitrée.

Je me retrouve donc pour la première fois devant son visage mais toujours à la même hauteur, elle assise, moi debout au milieu des brochures de voyages, toutes plus bleues les unes que les autres.

Son visage ne correspond pas à celui que je m’imaginais. Plutôt oval, trop maquillé à mon goût. Ses cheveux faussement blonds lui retombent finement sur ses épaules rondes. Elle doit être normande. Un peu lourde sans être grosse, un visage avenant, qui à cet instant se fend d’un beau sourire à mon intention.

Salutations d’usage, je m’assois. Personne d’autre ; tant mieux, les questions ridicules garderont un caractère confidentiel.

« Que puis-je faire pour vous ? »

Ah, si elle savait. Et bien non, nous nous limiterons au but initial. « Je souhaiterais partir m’aérer un peu », Pas à dire, je dois respirer le type qui prépare ses vacances d’une saison à l’autre.

Puis le trou noir, l’oubli, le voile.

Moins d’une heure aura suffit. Adieu l’hôtel avec piscine d’Agadir ou de je ne sais où au Sud. Une heure de sourires et de « je sais ce qu’il vous faut », un appel à un centre de réservation, c’est Fabienne qui a répondu et 40% d’acompte à la dame au sourire.

Une semaine de Trekking dans le grand Erg. Le plus bel itinéraire pour découvrir la région de l’Adrar de Chinguitti la ville sainte en passant par la montagne bicolore Zarga, m’a récité la Belle. Le trip parfait pour célibataires en mal de, et de vieilles filles en passe de. Bref, tout ce que je voulais éviter.

Le vent frais à la sortie de l’agence bleue azur me dégrisent du sourire rouge Chanel de la miss. Pas de doute j’ai fait ce qu’il ne fallait pas faire. Et j’ai douze jours pour digérer et m’y préparer.